Sécurité, soins, pouvoir d’achat : les 10 pays qui attirent le plus de retraités comparés

Fin 2025, l’Assurance retraite recensait plus d’un million de retraités du régime général français vivant à l’étranger, soit 6,8 % des 15,5 millions de pensionnés. La moitié réside en Europe, mais 43 % ont choisi l’Afrique, loin devant l’Asie ou les Amériques.

Comparer les pays qui attirent le plus de retraités suppose de dépasser les cartes postales et de regarder trois réalités concrètes : la couverture santé, la sécurité du quotidien et ce que la pension permet réellement d’acheter sur place.

Couverture santé à l’étranger : ce qui change dès le départ de France

Vous avez déjà comparé le prix d’une consultation en France et dans votre destination de retraite ? Le tarif local ne dit pas tout. Le vrai sujet, c’est la perte de droits à la Sécurité sociale française dès que vous devenez résident fiscal à l’étranger.

Dans l’Union européenne (Portugal, Espagne, Grèce, Italie), un formulaire S1 permet de transférer vos droits vers le système de soins local. Vous êtes couvert, mais selon les règles et les délais du pays d’accueil, pas selon ceux de la CPAM.

Hors UE, la situation est plus abrupte. Au Maroc, en Thaïlande ou au Costa Rica, aucun accord ne garantit un remboursement automatique de vos soins. Deux options se présentent alors :

  • Adhérer à la Caisse des Français de l’Étranger (CFE), qui propose une couverture calquée sur le régime français, moyennant une cotisation trimestrielle dont le montant varie selon l’âge et la formule choisie.
  • Souscrire une assurance santé internationale privée, souvent moins chère pour les retraités en bonne santé, mais avec des exclusions sur les pathologies préexistantes.
  • Combiner les deux, ce que font beaucoup de retraités installés en Asie du Sud-Est pour couvrir à la fois l’hospitalisation locale et un éventuel rapatriement.

La qualité des soins varie aussi fortement au sein d’un même pays. La Thaïlande dispose d’hôpitaux privés à Bangkok de très bon niveau, mais les infrastructures en zone rurale restent limitées.

Le Portugal bénéficie d’un système public correct dans les grandes villes, avec des temps d’attente plus longs qu’en France pour les spécialistes.

Retraité occidental explorant seul un marché local animé en Asie du Sud-Est, découvrant les produits frais tropicaux

Sécurité des retraités : comparer au-delà des indices globaux

Les classements internationaux de sécurité (Global Peace Index, par exemple) donnent une note par pays. Cette note moyenne masque des disparités régionales considérables.

Le Mexique figure dans plusieurs « top 10 » grâce à des régions comme le Yucatán ou le Jalisco, où la criminalité reste modérée. D’autres États du nord affichent des taux de violence très élevés. Le choix de la ville compte autant que le choix du pays.

En Europe, le Portugal, l’Espagne et la Grèce se situent parmi les pays les plus sûrs du continent. La petite délinquance existe dans les zones touristiques, mais les agressions contre les personnes âgées restent rares. L’Italie du Sud présente un profil un peu différent, avec des écarts de sécurité marqués entre quartiers résidentiels et centres-villes.

Afrique du Nord et sécurité au quotidien

Le Maroc et la Tunisie accueillent une part significative des retraités français en Afrique. Le Maroc a renforcé son dispositif sécuritaire dans les villes prisées (Marrakech, Agadir, Essaouira). La Tunisie a connu des tensions il y a quelques années, mais les zones côtières fréquentées par les retraités restent globalement calmes.

Dans les deux cas, la vigilance sur les arnaques immobilières dépasse la question de la sécurité physique. Un achat de bien sans accompagnement juridique local expose à des litiges longs et coûteux.

Pouvoir d’achat des retraités : où la pension française va le plus loin

Le coût de la vie est le critère le plus cité. Il est aussi le plus trompeur quand on se contente de moyennes nationales. Le prix d’un loyer pour un deux-pièces peut varier du simple au triple entre une capitale et une ville secondaire du même pays.

Quelques repères issus des données disponibles : un appartement de type T2 confortable coûte entre 400 et 1 100 euros par mois selon la destination, hors charges. Le bas de la fourchette correspond à des villes comme Chiang Mai (Thaïlande) ou Marrakech. Le haut se situe à Lisbonne, Athènes ou dans les stations balnéaires espagnoles prisées.

Fiscalité des pensions de retraite à l’étranger

Vous percevez une pension du régime général et vous vous installez au Portugal ? Depuis la fin du statut de Résident Non Habituel pour les nouveaux arrivants, la fiscalité portugaise sur les pensions étrangères a changé. L’avantage fiscal qui a attiré des milliers de retraités français pendant une décennie n’existe plus sous sa forme initiale.

La Grèce propose un taux forfaitaire sur les revenus étrangers pour les nouveaux résidents, ce qui la place en tête de plusieurs classements récents. Le Panama, avec son programme Pensionado, offre des réductions sur les services courants (transports, soins, loisirs) plutôt qu’un avantage fiscal direct sur la pension.

Au Maroc et en Tunisie, des conventions fiscales avec la France évitent la double imposition. Le taux effectif d’imposition dépend du montant de la pension et de la convention bilatérale applicable.

Femme retraitée aux cheveux argentés travaillant sur son ordinateur portable dans un appartement moderne avec vue sur une ville d'Amérique latine

Visa et droit de séjour : les démarches qui bloquent certains projets

Dans l’Union européenne, la liberté de circulation simplifie tout. Un retraité français peut s’installer au Portugal, en Espagne, en Grèce ou en Italie sans visa, à condition de prouver des ressources suffisantes et de disposer d’une couverture santé.

Hors UE, chaque pays impose ses propres règles. La Thaïlande délivre un visa retraite (O-A) sous condition d’âge et de justificatif bancaire. Le Costa Rica demande une preuve de pension mensuelle minimum. Le Mexique propose un visa de résident temporaire renouvelable, accessible avec un justificatif de revenus réguliers.

Le Panama reste l’un des pays les plus accessibles administrativement grâce au programme Pensionado, ouvert aux retraités étrangers percevant une pension régulière, quelle que soit la nationalité.

Le piège du séjour touristique prolongé

Beaucoup de retraités restent sous visa touristique, en faisant des allers-retours réguliers. Cette stratégie fonctionne à court terme, mais elle interdit l’accès aux systèmes de santé locaux, complique l’ouverture d’un compte bancaire et peut poser des problèmes fiscaux en France comme dans le pays d’accueil.

Trois mois sur place avant de s’engager : le filtre le plus fiable

Les classements donnent une direction. Ils ne remplacent pas un séjour test. Louer un appartement meublé pendant trois mois dans la ville envisagée permet de vérifier la qualité réelle des soins accessibles, le niveau de sécurité ressenti, et surtout si le budget mensuel tient la route une fois les dépenses imprévues intégrées. Un séjour test valide le quotidien, pas la carte postale.

La progression de 2,8 % des Français inscrits hors de France entre 2023 et 2025 montre que le mouvement s’accélère. Mais parmi les retraités qui franchissent le pas, ceux qui restent durablement sont presque toujours ceux qui ont testé leur destination en conditions réelles avant de vendre leur logement en France.